juil 122010
 

Frères jurés
[Edbrødre]
Gunnar Gunnarsson,
Fayard
9782213606224
Paru en 2000.

Deux jeunes Vikings, amis d’enfance, deviennent frères jurés. Les circonstances les envoient en Islande, dont ils deviendront les premiers colonisateurs.

Un très bon roman historique, minutieusement documenté sans jamais noyer le lecteur sous des informations inutiles. J’ai beaucoup aimé les contrastes entre la vie (plus ou moins) paisible de cultivateur et d’éleveur en Norvège l’hiver, et les raids vikings l’été.

Un auteur dont j’espère lire d’autres romans.

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Et là, dans le haut-siège, sur les planches brunes et usées où seuls les coussins et les occupants changeaient, était assis son père. Oh oui ! il était assis comme il faut et en confiance parmi ses dieux.

Chaque soir, il était assis là lorsqu’il n’était pas en voyage ou parti rendre une visite, il vidait sa corne, ses hommes sur les bancs aux tables autour de lui, une marche plus bas. Il était assis, calme, démêlant de ses doigts tannés son épaisse barbe blanche, tenant des propos pondérés ou se taisant. C’était là qu’il faisait asseoir, à côté de lui, quand il avait des invités, son hôte le plus éminent. Il pouvait arriver, alors, qu’il élevât le ton, de sorte que sa voix retentissante emplissait la halle et qu’il se faisait un silence attentif même sur les bancs les plus éloignés. Car Ørn, son père, ne parlait pas souvent fort, mais lorsqu’il parlait haut, c’était pour proférer des paroles importantes. Ingolf trouvait alors qu’il prenait une certaine ressemblance avec Thor, surtout lorsqu’il levait son énorme poing noué au dessus de sa tête touffue. Sinon, lorsqu’il restait silencieux, à penser, il rappelait surtout Odin, si ce n’est qu’il avait deux yeux.

Dans ce haut-siège, son père était chez lui. Il y trônait bien et en confiance, à la place de ses ancêtres. Grand-père Bjørnulf avait siégé là, lui qui, avec son frère Roald, avait dû fuir l’ancien bien allodial de la famille, en Telemark, pour cause de meurtre. Et là aussi avait siégé, avant lui, son père à lui, Ørn, Romund Greipsson. Des hommes fiers et forts dont on se rappelait les noms avec vénération.

Et un jour lui-même siégerait là…

mai 072010
 

Entre ciel et terre
[Himnaríki og helvíti]
Jón Kalman Stefánsson
Gallimard
9782070122547
Paru en 2010.

Fin du XIXe siècle, Barður, un jeune pêcheur, est tellement obnubilé par Le Paradis perdu de Milton qu’il en oublie sa vareuse et meurt de froid en mer. Son meilleur ami décide alors de ramener le livre à son propriétaire, et de décider en chemin si son envie de vivre est plus forte que celle de rejoindre son ami.

J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le roman, à cause d’un style très courant de conscience, fait de propositions juxtaposées en de longues phrases décousues. Et puis je me suis accrochée, et au final j’ai beaucoup aimé.

Les thèmes du rapport à la nature et à la mort sont omniprésents et s’entremêlent : on retrouve dans Entre ciel et terre la rudesse de l’Islande rurale, où les hommes sont à la merci des éléments (c’est toujours d’actualité !), mais aussi la fascination des Islandais, même les plus humbles, pour les livres et la littérature.

Un très beau récit.

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Guðmundur porte une barbe épaisse qui lui couvre tout le bas du visage, jamais nous n’apercevions le menton de ces hommes, si l’un d’entre eux venait à se raser par mégarde, on avait l’impression qu’il avait été victime d’un terrible accident, amputé d’une partie de sa personnalité et qu’il n’était plus qu’à peine la moitié d’un homme.

mar 162010
 

Trésor de la nouvelle de la littérature scandinave
Les Belles Lettres
9782251443751
Paru en novembre 2009.

Présentée par Régis Boyer, spécialiste reconnu des littératures scandinaves, cette anthologie de la nouvelle scandinave regroupe des écrivains danois, islandais, norvégiens et suédois du XXe siècle.

Les nouvelles sont regroupées par pays, et ce qui est intéressant, c’est de voir qu’il y a finalement une certaine unité de thème et de style à l’intérieur des différentes nationalités.

J’ai préféré les nouvelles islandaises (ce qui ne surprendra personne) et norvégiennes aux danoises et suédoises, qui semblent préférer des sujets très ordinaires qui ne m’attirent pas vraiment.

Une bonne introduction à la littérature des pays du nord. Le seul regret est que certains de ces auteurs ne sont pas traduits du tout en français.

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Ils habitaient un peu en dehors de la petite ville de pêcheurs, eux deux, le père et le fils. Ils s’appelaient tous les deux Snjólfur. Les gens disaient le vieux Snjólfur et le jeune Snjólfur. Mais entre eux, ils disaient seulement Snjólfur. C’était une habitude, comme ça. De fait, comme ils portaient le même nom, ils se trouvaient mieux de s’entrappeler comme ça. Le vieux Snjólfur dépassait juste la cinquantaine, le jeune Snjólfur venait d’avoir douze ans.

Ils allaient toujours de conserve. S’ils se déplaçaient séparément, c’était contraints et forcés. Autant que le jeune Snjólfur s’en souvienne, il en avait toujours été ainsi.

jan 222010
 

La Géante dans la barque de pierre et autres contes d’Islande
[Íslenzkar þjóðsögur og æfintýri]
Jón Árnason
José Corti
9782714308276
Paru en 2003.

Au XIXe siècle, sous l’impulsion des frères Grimm et de leurs Contes des enfants et de la maison, Jón Árnason collecta des douzaines de contes traditionnels islandais.

D’abord, un avertissement : ces contes ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Vous y trouverez du sang, de la violence, du sexe. Les méchants ou les stupides sont le plus souvent punis, et le plus souvent de manière définitive. ;-)

On trouve dans ce recueil des petits bijoux, allant d’un ou deux paragraphes (comme celui reproduit ci-dessous) à une dizaine de pages. Ils sont empreints de christianisme, mais le fond païen est encore très présent, avec elfes et trolls.

Une très belle collection, pour découvrir l’imaginaire islandais. Fascinant !

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Les Origines des elfes

Il arriva une fois que Dieu tout-puissant rendit visite à Adam et à Ève. Ils lui firent bon accueil et lui montrèrent tout ce qu’ils avaient dans leur maison. Ils lui montrèrent aussi leurs enfants, qu’il trouva très prometteurs. Il demanda à Ève q’ils n’avaient pas d’autres enfants que ceux qu’elle lui avait montrés. Elle répondit que non. Mais en réalité, elle n’avait pas fini de laver certains d’entre eux et elle avait honte de les faire voir à Dieu, c’est pourquoi elle les avait cachés. Dieu le savait et dit : « Ce qui doit m’être caché sera aussi caché aux hommes. » Ces enfants devinrent alors invisibles aux yeux des hommes et habitèrent les monts et les collines, les buttes et les pierres. Les elfes descendent d’eux, tandis que les hommes descendent de ceux qu’Ève montra à Dieu. Les humains ne peuvent jamais voir les elfes, à moins que ceux-ci le veuillent, car les elfes peuvent voir les hommes et se laisser voir d’eux.

juin 252009
 

Tête en miettes
[Brotahöfuð]
Þórarinn Eldjárn
Cavalier Bleu
9782846700559
Paru en 2003.

Un homme est emprisonné à Copenhague pour avoir écrit un pamphlet en opposition aux lois régissant l’Islande. Le roman nous raconte comment il est arrivé là, tout en nous donnant une tranche de vie dans l’Islande du milieu du XVIIe siècle.

J’ai beaucoup aimé l’exotisme du roman qui nous fait découvrir l’Islande, et le mode picaresque sur lequel le narrateur nous raconte sa vie. Le style est enlevé, mêlant allègrement rímur (une forme de poésie islandaise, souvent épique, en rimes et allitérations) et prose.

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Plus haute l’ascension, plus basse la chute. Ne peut-on dire que c’est bien exprimer la situation dans laquelle je me trouve à présent ? Du diable si c’est le cas ! Assurément, je n’ai jamais grimpé haut, encore que, sans aucun doute, ç’ait été plus que je ne l’aurais dû. C’est ce que certains ont trouvé, en tout cas. Et tomber bien bas ? Cela dépend de la manière dont on voit cela : d’un point de vue purement physique, je ne suis certainement jamais parvenu plus haut que maintenant, au cinquième étage de l’épaisse et solide Tour Bleue où je suis emprisonné depuis des semaines. Et il faut considérer que très peu de mes compatriotes ont jamais atteint de pareilles hauteurs dans leur vie. Nota bene : c’est-à-dire derrière des portes !