oct 262010
 

Maudit soit le fleuve du temps
[Jeg forbanner tidens elv]
Per Petterson
Gallimard
9782070124916
Paru en septembre 2010.

Quand elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer, une femme retourne dans le pays où elle est née, bientôt rejointe par son fils en instance de divorce.

Maudit soit le fleuve du temps fait partie de ces livres que je referme en me disant : « Certes, mais encore ? » Je suis donc restée sur ma faim.

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Debout dans l’embrasure de la porte, mon père tenait une sacoche semblable à celle que j’utilisais pour aller au collège, quand c’était la mode de se trimbaler avec des sacoches. Il est d’ailleurs possible que mon père ait récupéré la mienne, ce qui veut dire que la sacoche en question avait plus de vingt-cinq ans.

– Je m’en vais dès aujourd’hui, dit ma mère.

– Où ça ?

– Je retourne chez moi.

– Chez toi ? Dès aujourd’hui ? Il faudrait peut-être qu’on en discute d’abord. Que tu me laisses le temps de réfléchir.

– Il n’y a rien à discuter. J’ai pris mon billet. Je viens de recevoir une lettre de l’hôpital d’Aker. J’ai un cancer.

– Tu as un cancer ?

– Oui. Un cancer de l’estomac. C’est pour ça que je retourne chez moi.

Elle continuait à dire « chez moi » en parlant du Danemark et de sa ville natale, à l’extrême nord du pays, alors qu’elle vivait en Norvège, à Oslo, depuis près de quarante ans.

– Et tu veux partir seule ?

– Oui. Je préfère.

mai 212010
 

Victoria
[Victoria]
Knut Hamsun
Gaïa
9782847201598
Paru en 2010.

Le fils du meunier et la fille du châtelain s’aiment, mais la société et leur propre orgueil les séparent.

L’atmosphère étriquée et classiste de la Norvège de la fin du XIXe siècle est tellement bien rendue que nous étouffons avec les héros contre les restrictions imposées par les normes sociales.

Un beau récit, même si les personnages sont souvent frustrants dans leur détermination à gâcher leur vie.

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– Merci d’être venue, Victoria. Avant que vous arriviez, j’étais désespéré, et voilà que c’est passé. Pardonnez-moi de vous avoir abordée au théâtre ; malheureusement je suis également allé prendre de vos nouvelles chez le chambellan. Je voulais vous revoir pour savoir ce que vous entendiez au juste, pour connaître vos véritables intentions.

– Mais vous les connaissez. Avant-hier, j’en ai dit suffisamment pour qu’il n’y ait pas de malentendus.

– Malgré cela, il me reste de nombreux doutes.

– N’en parlons plus. J’en ai dit suffisamment, beaucoup trop même, et maintenant je vous fais de la peine. Je vous aime, je n’ai pas menti avant-hier, et je ne mens pas non plus en ce moment, mais beaucoup de choses nous séparent. Je vous apprécie, je parle volontiers avec vous, plus qu’avec d’autres, mais… Je n’ose pas rester davantage, on peut nous voir d’en haut. Johannes, il y a énormément de choses que vous ignorez ; ne me demandez pas de vous dire ce que j’entends par là. J’y réfléchis nuit et jour ; j’étais sincère l’autre fois. Mais ce sera impossible.

– Qu’est-ce qui sera impossible ?

– Tout. Écoutez, Johannes, ne m’obligez pas à avoir de l’orgueil pour deux.

mar 162010
 

Trésor de la nouvelle de la littérature scandinave
Les Belles Lettres
9782251443751
Paru en novembre 2009.

Présentée par Régis Boyer, spécialiste reconnu des littératures scandinaves, cette anthologie de la nouvelle scandinave regroupe des écrivains danois, islandais, norvégiens et suédois du XXe siècle.

Les nouvelles sont regroupées par pays, et ce qui est intéressant, c’est de voir qu’il y a finalement une certaine unité de thème et de style à l’intérieur des différentes nationalités.

J’ai préféré les nouvelles islandaises (ce qui ne surprendra personne) et norvégiennes aux danoises et suédoises, qui semblent préférer des sujets très ordinaires qui ne m’attirent pas vraiment.

Une bonne introduction à la littérature des pays du nord. Le seul regret est que certains de ces auteurs ne sont pas traduits du tout en français.

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Ils habitaient un peu en dehors de la petite ville de pêcheurs, eux deux, le père et le fils. Ils s’appelaient tous les deux Snjólfur. Les gens disaient le vieux Snjólfur et le jeune Snjólfur. Mais entre eux, ils disaient seulement Snjólfur. C’était une habitude, comme ça. De fait, comme ils portaient le même nom, ils se trouvaient mieux de s’entrappeler comme ça. Le vieux Snjólfur dépassait juste la cinquantaine, le jeune Snjólfur venait d’avoir douze ans.

Ils allaient toujours de conserve. S’ils se déplaçaient séparément, c’était contraints et forcés. Autant que le jeune Snjólfur s’en souvienne, il en avait toujours été ainsi.