sept 222010
 

Quand blanchit le monde
[Burnt Shadows]
Kamila Shamsie
Buchet-Chastel
9782283024454
Paru en août 2010.

9 août 1945 : la bombe détruit le monde de Hiroko et tue son fiancé allemand Konrad. En Inde, où elle a rejoint la famille de celui-ci, elle fait la connaissance de Sajjad, qui lui redonne goût à la vie. Des années plus tard, c’est au tour de leur fils Raza d’être pris dans la tourmente des conflits afghans.

Tout d’abord, Quand blanchit le monde est un magnifique portrait de femme : Hiroko est forte, indépendante, et refuse l’étiquette de hibakusha, « victime de la bombe ».

C’est aussi un hymne à la paix, doublé d’une sévère critique des méthodes américaines : la bombe atomique, l’armement des talibans pour lutter contre le communisme soviétique, la chasse à l’homme post 11 septembre.

Un très beau roman.

Lire un court extrait »

« Après la bombe, j’ai été malade. La maladie des rayons, même si l’on n’avait pas de nom pour ça, à ce moment-là. L’ami de Konrad, Yoshi Watanabe avait un parent à Tokyo, un docteur. Les hôpitaux de Nagasaki, surpeuplés, refusaient les patients. Yoshi-san m’a emmenée à Tokyo. Il se sentait responsable, parce qu’il avait le sentiment d’avoir trahi Konrad. Il voulait se racheter. Il m’a fait admettre dans l’établissement de son cousin, puis il est reparti. Des médecins de l’armée américaine sont venus me voir. J’étais un objet de curiosité. J’ai discuté avec eux en anglais et l’un d’eux m’a proposé d’être leur traductrice. Travailler pour les Américains, après ce qu’ils m’avaient fait ! Vous devez vous demander pourquoi j’ai accepté. Mais le visage de cet homme semblait si bon, que je ne pouvais pas le rendre responsable de ce qui était arrivé. C’était impossible d’accuser qui que ce soit, à vrai dire. La bombe était tellement… inhumaine. Toujours est-il que j’ai dit oui.

J’ai été traductrice pendant plus d’un an. Je me suis liée d’amitié avec une infirmière américaine. Elle m’a emmenée chez le coiffeur où je me suis fait couper les cheveux comme elle, et elle me prêtait des vêtements quand nous sortions dans des boîtes de nuit. J’avais grandi pendant la guerre ; ces luxes réservés au temps de paix étaient nouveaux pour moi. Je ne voulais plus jamais retourner à Nagasaki et j’étais heureuse à Tokyo. Puis, à la fin de 1946, cet Américain à l’air si gentil a dit que la bombe était horrible, mais qu’elle avait été nécessaire pour sauver des vies américaines. Ce jour-là, j’ai compris que je ne pouvais pas continuer à travailler pour ces gens. L’infirmière est venu me trouver lorsqu’elle a appris que je démissionnais. Elle m’a demandé ce que j’allais faire. Partir très loin, c’est sorti tout seul. C’est là qu’elle m’a confié qu’un ami canadien dont elle m’avait souvent parlé s’apprêtait à embarquer pour l’Inde.