déc 312010
 

La Couleur des sentiments
[The Help]
Kathryn Stockett
Jacqueline Chambon
9782742792917
Paru en 2010.

1962, Jackson, Mississippi. Une jeune femme de la bourgeoisie blanche persuade des bonnes noires de raconter leurs vies, leurs humiliations, leurs joies aussi.

J’avais un peu peur avant de commencer le livre, et finalement je l’ai bien aimé. Kathryn Stockett a réussi à éviter les écueils des clichés anti-racistes, avec une fin en demi-teinte.

J’ai tout de même trouvé le livre parfois difficile à lire, dans l’étalage de racisme dont font preuve certains personnages. Pas tellement les violences extrêmes, tels les militants assassinés par le Klu Klux Klan, mais le racisme ordinaire, notamment l’affaire des toilettes : faire construire des toilettes séparées pour les bonnes noires est essentiel pour la santé publique, car ces noirs n’ont pas les mêmes maladies, n’est-ce pas… Même si ce racisme est condamné par les narrateurs, il reste difficile à avaler.

Intéressant.

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J’ai perdu mon garçon, Treelore, juste avant de commencer chez Miss Leefolt. Il avait vingt-quatre ans. Le plus bel âge de la vie. Ça lui faisait pas assez de temps passé en ce monde, c’est tout.

Il s’était pris un petit appartement dans Foley Street. Il sortait avec Frances, une gentille fille, et je pense qu’ils auraient pas tardé à se marier, mais il était un peu lent pour ces choses-là, Treelore. C’était pas qu’il voulait trouver mieux, mais plutôt qu’il était du genre qui réfléchit. Il avait des grosses lunettes et il lisait tout le temps. Même qu’il avait commencé à écrire son livre, sur comment les gens de couleur vivaient et travaillaient dans le Mississippi. Mon Dieu, que ça me rendait fière ! Mais un soir il est resté tard à la scierie de Scanlon Taylor pour charger des grosses poutres sur le camion, pleines d’échardes qui vous rentraient dans la peau à travers les gants. Il était trop petit pour ce travail, trop maigre, mais il en avait besoin. Il était fatigué. Il a glissé du quai de chargement et il est tombé dans le passage. Le type qui conduisait le semi-remorque l’a pas vu et il lui a écrasé les poumons avant qu’il ait fait un geste. Quand je l’ai su, il était mort.

déc 302010
 

Surprises de Noël
[Рождественский сюрприз; Моя любимая разница; грибы свободы]
Andreï Kourkov
Liana Levi
9782867465574
Paru en 2010.

Trois courtes nouvelles sur Noël. Un homme emmène sa sœur et son beau-frère passer Noël dans des conditions extrêmes. Un homme aide son ex à chercher son petit ami actuel. Un homme mis en prison pour un malentendu fait pousser des champignons dans sa cellule humide.

J’ai trouvé les trois nouvelles inégales : si j’ai beaucoup aimé la troisième pour son intrigue complètement farfelue, et la première pour son aspect un peu dérangeant, la seconde m’a laissée de glace.

Intéressant.

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Oleg jeta un coup d’œil à la table de nuit, au lavabo, au petit frigo décoré d’une feuille de papier sur laquelle on avait tracé, d’une écriture soignée, cette sympathique dédicace : Aux détenus inconnus qui me succéderont, de la part de l’ancien occupant de ce trou. M. Grodski.

« Chic type ! » se dit Oleg, puis il se rappela qui était ce M. Grodski : un personnage en vue, membre de l’oligarchie et acteur de la vie sociale.

« Un chic type quand même ! » conclut Oleg avant de porter son regard sur le poste de télévision.

déc 292010
 

La Bascule du souffle
[Atemschaukel]
Herta Müller
Gallimard
9782070128839
Paru en 2010.

Un jeune Roumain de langue allemande est envoyé en camp en Russie.

Décidément, je n’arrive pas à accrocher au style de Herta Müller. J’ai abandonné celui-ci très rapidement, donc je ne peux pas donner une opinion.

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Tout ce que j’ai, je le porte sur moi.

Ou plutôt, tout ce qui m’appartient, je l’emporte avec moi.

J’ai emporté tout ce que j’avais. Des affaires qui n’étaient pas les miennes. Elles étaient soit détournées de leur fonction, soit à quelqu’un d’autre. La valise en peau de porc était une caisse de phonographe. Le pardessus était celui de mon père. Le manteau de ville au col en velours venait de mon grand-père, le pantalon bouffant de l’oncle Edwin. Les bandes molletières venaient du voisin, M. Carp, et les gants de laine verts de ma tante Fine. Seuls l’écharpe en soie bordeaux et le nécessaire de toilette, mes cadeaux du dernier Noël, étaient à moi.

oct 312010
 

Berceuse pour un pendu
[Kołysanka dla wisielca]
Hubert Klimko
Belfond
9782714445278
Paru en septembre 2010.

Un hommage à Szymon Kuran, un violoniste polonais qui a vécu en Islande jusqu’à sa mort, et souffrait de trouble bipolaire.

La troisième partie du roman est pleine de poésie et absolument magnifique. Malheureusement le début l’est beaucoup moins, entaché de racisme, d’homophobie et de misogynie ordinaires. Ça pourrait passer dans un roman plus long, mais quand sur 150 pages, pas loin d’un tiers contiennent des « tantes », « pédales », et autres « barbares aux yeux bridées », il arrive un moment où c’est juste trop.

Dommage.

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L’homme qui ressemblait à Korczak, Maximilien Kolbe et Gandhi et portait des lunettes susceptibles, par beau temps, de mettre le feu à un champ de blé ou à une grange s’est présenté. Je suis Szymon Kuran. Enchanté, ai-je répondu. Non, c’est moi qui suis enchanté, a-t-il rétorqué, toi, tu as seulement l’impression de l’être. Il devait avoir raison, il était sans doute enchanté, alors que moi je ne faisais qu’exprimer une impression par une formule toute faite. C’est ce qu’on appelle la bonne éducation. Un mélange d’interdits et d’accommodements climatiques. Szymon mangeait son hot-dog, j’ai voulu lui poser une question, mais Boro s’est interposé. Alors, cette histoire de graviers, a-t-il zézayé. Ce n’est pas bien compliqué, ai-je répondu. Il faut que tu fasses comme les poules ou les autruches, elles n’ont pas de dents non plus, et pour bien digérer elles avalent de tout petits cailloux qui broient les aliments à la place des dents. Abasourdi par le raccourci intellectuel et cette histoire sans queue ni tête, Szymon a écouté mon bref exposé gastrologique, a posé l’emballage de son hot-dog sur la table et s’est mis à rire doucement. Boro et moi poursuivions une conversation entamée le mois précédent à propos de l’achat d’un dentier ou d’un petit sac de graviers. Voyant la réaction de Szymon, Boro a conclu sa phrase comme de coutume. À l’anglaise et laconiquement. « Fuck you », a-t-il dit, puis il a enfourné le reste de son hot-dog en fanfaronnant. Comme il avait du mal à avaler l’énorme bouchée, il a bu quelques gorgées de flotte rapportée des toilettes dans un gobelet en carton et a répété : « Fuck you. »

oct 292010
 

Corpus Delicti : un procès
[Corpus Delicti: Ein Prozess]
Juli Zeh
Actes Sud
9782742792191
Paru en septembre 2010.

Dans une société où la maladie a été éradiquée, une jeune femme cherche à comprendre ce qui est arrivé à son frère.

Corpus Delicti commence de manière intéressante, avec une société qui n’est pas sans rappeler celle du Meilleur des mondes d’Huxley. Malheureusement, l’intrigue se confine souvent au cliché, et la fin est complètement téléphonée.

Décevant.

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La Préface

La santé est un état de bien-être absolu de l’homme dans sa dimension physique, spirituelle et sociale. Elle ne saurait se réduire à l’absence de maladie.

La santé pourrait se définir comme le courant vital irriguant sans entraves toutes les parties du corps, les organes et les cellules ; comme un état d’harmonie physique et mentale ; comme le libre épanouissement du potentiel d’énergie biologique. Les rapports qu’un organisme sain entretient avec son environnement fonctionnent comme des rouages bien huilés. L’homme en bonne santé se sent plein d’énergie, frais et dispos. Parfaitement armé pour affronter l’existence, il possède un opti­misme inébranlable, une grande force intellectuelle et une stabilité psychique à toute épreuve.

La santé n’est pas un état figé, mais un rapport dynamique de l’homme à lui-même. La santé demande à être conservée et accrue chaque jour, durant des années et des décennies, jusqu’à l’âge le plus avancé. La santé n’est pas simple moyenne, elle est dépassement de la norme et performance individuelle extrême. Elle est volonté visible, expression dans la durée de la force de volonté. La santé conduit, par le perfectionnement de l’individu, à la perfection de la communauté sociale. La santé est le but du vouloir-vivre naturel et par conséquent le but naturel de la société, du droit et de la politique. Un homme qui n’aspire pas à la santé ne saurait tomber malade : il l’est déjà.

Extrait de la préface de l’ouvrage
de Heinrich Kramer,
La Santé comme principe de légitimation politique,
Berlin, Munich, Stuttgart, 25e éd.