Skip to content

The Vor Game, de Lois McMaster Bujold

The Vor Game in Young Miles
[Miles Vorkosigan chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780743436168
Paru en 2003.

Tout d’abord, je vous signale que The Warrior’s Apprentice est disponible gratuitement et dans son intégralité en anglais depuis quelques jours sur la Baen Free Library.

Miles vient de finir l’Académie militaire et s’embarque pour ses premières missions.

Un de mes romans préférés de la saga : on y retrouve beaucoup des personnages de The Warrior’s Apprentice, notamment Gregor, le jeune empereur de Barrayar, incidemment mon personnage favori, dont Bujold explore ici sa relation avec Miles, et sa condition d’empereur, avec toutes les limitations que ça impose.

On rit beaucoup, aussi, dans The Vor Game. C’est vrai de beaucoup de livres de la série, et c’en est un des points forts, d’autant plus que les livres continuent d’être drôles même quand on les a lus et relus et rerelus.

Pour finir, je n’ai pas résisté à vous soumettre cette analyse de Miles par un de ses supérieurs :

Lire un court extrait »

Cecil sighed, straightened. “Because I have noticed, Vorkosigan, watching you—and you know very well you were the most closely watched cadet ever to pass through these halls barring Emperor Gregor himself—”

Miles nodded shortly.

“That despite your demonstrated brilliance in some areas, you have also demonstrated some chronic weaknesses. And I’m not referring to your physical problems, which everybody but me thought were going to take you out before your first year was up—you’ve been surprisingly sensible about those—”
Miles shrugged. “Pain hurts, sir. I don’t court it.”

“Very good. But your most insidious chronic problem is in the area of . . . how shall I put this precisely . . . subordination. You argue too much.”

“No, I don’t,” Miles began indignantly, then shut his mouth.

Cecil flashed a grin. “Quite. Plus your rather irritating habit of treating your superior officers as your, ah . . .” Cecil paused, apparently groping again for just the right word.

“Equals?” Miles hazarded.

“Cattle,” Cecil corrected judiciously. “To be driven to your will. You’re a manipulator par excellence, Vorkosigan. I’ve been studying you for three years now, and your group dynamics are fascinating. Whether you were in charge or not, somehow it was always your idea that ended up getting carried out.”

 

Cecil soupira et se redressa. « Parce que j’ai remarqué, Vorkosigan, quand je vous observais — et vous savez pertinemment que vous avez été le cadet le plus observé depuis l’Empereur Gregor… »

Miles hocha la tête brusquement.

« Malgré votre brillance avérée dans certains domaines, vous avez aussi montré quelques faiblesses chroniques. Et je ne parle pas de vos problèmes physiques dont tout le monde sauf moi pensait qu’ils allaient vous éliminer avant la fin de votre première année… Vous avez été étonnamment raisonnable sur ce point. »

Miles haussa les épaules. « La douleur fait mal, mon Commandant. Je ne la provoque pas.

– Très bien. Mais votre problème chronique le plus insidieux concerne… comment puis-je formuler ça… l’insubordination. Vous argumentez trop.

– Ce n’est pas vrai », Miles commença avec indignation, puis il ferma la bouche.

Cecil sourit. « Précisément. Plus votre habitude plutôt agaçante de traiter vos supérieurs comme vos… euh… » Apparemment, Cecil cherchait de nouveau le mot exact.

« Égaux ? proposa Miles.

– Votre bétail », Cecil corrigea avec précision. « Pour les diriger selon votre volonté. Vous êtes un manipulateur-né, Vorkosigan. Cela fait trois ans que je vous étudie et votre dynamique de groupe est fascinante. Que vous soyez en charge ou pas, d’une manière ou d’une autre c’était toujours votre idée qui finissait par être mise en œuvre. »

Le Sel, de Jean-Baptiste Del Amo

Le Sel
Jean-Baptiste Del Amo
Gallimard
9782070129096
À paraître en août 2010.

Une femme et ses trois grands enfants doivent dîner ensemble. Tout au long de cette journée, ils se préparent à cette rencontre en se replongeant dans leurs souvenirs.

Le Sel est à la fois très semblable et très différent d’Une éducation libertine, qui avait été l’un de mes coups de cœur de la rentrée 2008. Bien que l’intrigue et le décor soient complètement différents, on y retrouve des thèmes similaires : la famille et la difficulté à se conformer à ses attentes, la mort, la sexualité, qui n’est jamais romantique ou sentimentale chez Del Amo, mais plutôt brutalement honnête.

Les personnages sont dépeints dans toutes leurs faiblesses, et on découvre une famille marquée par la figure du père qui, bien qu’il soit mort au moment où se situe le roman, a profondément influencé les choix et les vies de tous les personnages.

Un roman dur, sans concessions, excellent.

Lire un court extrait »

Comme Louise finissait de border le lit, l’inquiétude la saisit à la gorge. Armand s’était imposé entre les enfants et elle. Bien qu’il fût aujourd’hui disparu, il était entre eux l’obstacle incontournable. Il lui était pourtant impensable de circonscrire son époux à ce rôle auquel Jonas, par exemple, condamnait le souvenir de son père. Armand était un être singulier, Louise n’avait pas la prétention de l’avoir connu. Ils avaient vécu l’un près de l’autre, ne partageant en réalité que de courts instants, des éclats fugaces qui les réunissaient. Dès lors, comment pouvait-elle prétendre savoir qui était Armand ? Louise voulait croire que l’image la plus approchante de l’homme qu’il fut était au confluent de leurs souvenirs à tous, des siens et de ceux des enfant, mais peut-être Armand leur échappait-il encore.

Trois explications du monde, de Tom Keve

Trois explications du monde
[Triad: The Physicists, the Analysts, the Kabbalists]
Tom Keve
Albin Michel
9782226195876
Paru en avril 2010.

Au début du XXe siècle, la science est chamboulée par les avances faites tant dans le domaine de la physique que dans celui de la psychanalyse. À l’origine de ces découvertes, de grands savants et penseurs, souvent d’Europe centrale, souvent d’origine juive, influencés par des siècles d’érudition rabbinique : la kabbale.

Trois explications du monde est un roman dans le sens où les situations et les dialogues sont inventées, mais le travail minutieux de recherche et la reproduction de lettres et d’articles authentiques l’ancrent fermement dans la réalité historique. Le résultat, c’est une fiction documentaire, ou un documentaire fictionnel, et ça marche.

Soyons francs : peu de gens vont avoir le courage d’ouvrir ce livre tant le sujet est difficile et touffu. C’est là que le talent de conteur de Tom Keve fait toute la différence. Son style est pédagogique sans être pontifiant, simplificateur sans être réducteur.

Pas facile, mais passionnant et gratifiant. Ayez le courage de vous lancer, vous ne le regretterez pas !

Lire un court extrait »

– Encore un instant. Avant que nous ne rentrions, je voudrais vous parler de quelque chose que j’ai lu cette nuit. Peut-être cela vous intéressera-t-il. “L’arbre de vie était au milieu du jardin…”

– La Genèse, m’interrompit-il. Êtes-vous un esprit religieux, Ferenczi ?

– Non. Et ce n’est pas de la religion, c’est de la psychiatrie. » Je continuai : « “Lorsque Dieu créa l’homme et le vêtit en grand honneur, Il lui donna le devoir de s’attacher à Dieu afin d’être un et d’un cœur unique, uni à l’Un par le lien d’une foi unique qui lie tout ensemble. Mais, par la suite, les hommes se détournèrent du chemin de la foi et abandonnèrent l’arbre d’unité qui s’élève bien au-dessus de tous les arbres, s’attachant à cette région qui varie sans cesse d’une teinte à une autre, du bien au mal et du mal au bien. Ils descendirent d’en haut et s’attachèrent en bas à l’inconstant, abandonnant l’Un suprême et immuable. C’est ainsi que leur cœur, oscillant entre le bien et le mal, leur valut tantôt la miséricorde, tantôt la rigueur, selon leurs attachements. Le Saint, béni soit-Il, parla : Homme, tu as renoncé à la vie, et c’est à la mort que tu adhères. En vérité, la mort t’attend. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras point.” » Je me tus.

« Expliquez-moi ça ! m’ordonna-t-il.

– Méditer sur l’arbre de vie, la Tiferet, c’est trouver l’unité, la complétude, communier dans l’harmonie. Toucher la Tiferet, c’est faire l’expérience de l’unité transcendante du divin. Contempler l’autre, la Malkhut, c’est être déchiré et morcelé par le conflit, les tempêtes de l’esprit et de l’âme. C’est la désunion, la disharmonie. Nous y voyons une image de l’univers, la surface de contact entre le divin et le non-divin ; mais ce n’est ni l’un ni l’autre. » Je levai les yeux vers lui et lui souris : « Voilà notre culture, Jung. » Il ne voyait toujours pas bien ce qu’il pourrait en faire.

« Ce que vous me dites là, c’est un de vos rêves !

– Si c’est un rêve, ce n’est pas le mien. Cela vient du Zohar. La kabbale.

– Mais pourquoi me dites-vous cela ? » Il était de toute évidence très mal à l’aise.

« Lisez-le, mon ami. Freud l’a lu. » Me tournant vers la passerelle, je lui fis signe de passer le premier. « Quoique. Quand bien même vous le liriez, cela ne serait pas pareil. Le Zohar coule dans ses veines comme il ne coulera jamais dans les vôtres. »

The Mountains of Mourning, de Lois McMaster Bujold

The Mountains of Mourning in Young Miles
[« Les Montagnes du deuil » in Les Frontières de l'infini chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780743436168
Paru en 2003.

Miles est envoyé dans les coins reculés de son district pour y résoudre et juger une affaire d’infanticide.

À mon avis, « The Mountains of Mourning » est l’un des plus beaux textes de Bujold, et mérite amplement ses prix Hugo et Nebula, deux des prix américains de science-fiction les plus prestigieux. Si vous voulez le découvrir, il est disponible gratuitement et dans son intégralité en anglais sur le Baen Free Library.

Cette nouvelle montre parfaitement le contraste entre les différentes générations de Barrayar, et l’extraordinaire évolution des mœurs depuis la fin de l’Âge de l’Isolation.

On peut aussi apercevoir les qualités qui font de Miles un excellent meneur d’hommes, notamment dans la sentence qu’il inflige au coupable. Bujold dit dans une de ses postfaces que le personnage de Miles est modelé entre autres sur Lawrence d’Arabie, et on peut en effet voir leurs points communs très clairement : leur capacité à inspirer les autres, leur charisme, leur élan.

Lire un court extrait »

“I must see my lord Count,” she said to an uncertain point halfway between Miles and the guard. “It’s my right. My daddy, he died in the Service. It’s my right.”

“Prime Minister Count Vorkosigan,” said the guard stiffly, “is on his country estate to rest. If he were working, he’d be back in Vorbarr Sultana.” The guard looked as though he wished he were back in Vorbarr Sultana.

The woman seized the pause. “You’re only a city man. He’s my count. My right.”

“What do you want to see Count Vorkosigan for?” asked Miles patiently.

“Murder,” growled the girl/woman. The security guard spasmed slightly. “I want to report a murder.”

“Shouldn’t you report to your village speaker first?” inquired Miles, with a hand-down gesture to calm the twitching guard.

“I did. He’ll do nothing.” Rage and frustration cracked her voice. “He says it’s over and done. He won’t write down my accusation, says it’s nonsense. It would only make trouble for everybody, he says. I don’t care! I want my justice!”

Miles frowned thoughtfully, looking the woman over. The details checked, corroborated her claimed identity, added up to a solid if subliminal sense of the authentic that perhaps escaped the professionally paranoid security man. “It’s true, Corporal,” Miles said. “She has a right to appeal, first to the district magistrate, then to the count’s court. And the district magistrate won’t be back for two weeks.”

 

« Je dois voir Monseigneur Comte », dit-elle, incertaine de sa position entre Miles et le garde. « C’est mon droit. Mon papa, il est mort en Service. C’est mon droit.

– Monsieur le Premier Ministre-Comte Vorkosigan, le garde dit avec raideur, est dans sa maison de campagne pour se reposer. S’il travaillait, il serait à Vorbarr Sultana. » Le garde avait l’air de quelqu’un qui aurait préféré être à Vorbarr Sultana lui-même.

La femme profita du silence. « Vous n’êtes qu’un homme de la ville. C’est mon Comte. Mon droit.

– Pourquoi voulez-vous voir le Comte Vorkosigan ? Miles demanda patiemment.

– Un meurtre », la femme-enfant cracha. Le garde eut un haut-le-cœur. « Je veux signaler un meurtre.

– Est-ce que vous ne devriez pas d’abord le signaler au porte-parole de votre village ? » Miles demanda, calmant la nervosité du garde d’un geste de la main.

« C’est ce que j’ai fait. Il ne veut rien entendre. » Sa voix craqua de rage et de frustration. « Il dit que ce qui est fait est fait. Il ne veut pas noter mes accusations, dit que ce sont des bêtises. Ça ne ferait que créer des problèmes pour tout le monde, qu’il dit. Je m’en moque ! Je veux ma justice ! »

Miles fronça les sourcils pensivement et examina la femme. Les détails sonnaient justes, corroboraient son identité. Pris ensembles, ils donnaient un air d’authenticité solide bien que subliminal qui échappait peut-être à un soldat paranoïaque de son métier. « C’est vrai, Caporal, dit Miles, elle a le droit de faire appel, d’abord au magistrat du district, puis à la Cour du Comte. Et le magistrat du district ne sera pas de retour avant deux semaines. »

Petits suicides entre amis, d’Arto Paasilinna

Petits suicides entre amis
[Hurmaava joukkoitsemurha]
Arto Paasilinna
Gallimard
9782070308088
Paru en 2005.

Deux hommes, contrariés dans leurs projets de suicide, décident de s’associer et de recruter d’autres suicidaires pour partir ensemble. S’ensuit une folle équipée qui les conduira de la Finlande à la pointe du Portugal.

Voilà enfin le grand Paasilinna qu’on m’a recommandé ! L’humour est corrosif, noir et déjanté, et nous montre chemin faisant que la vie vaut quand même la peine d’être vécue.

Lire un court extrait »

Les deux hommes lurent quelques cartes et ouvrirent un premier lot d’enveloppes. Les plis suintaient le désespoir. Les candidats au suicide avaient griffonné leurs messages d’une écriture irrégulière, sans souci des règles de grammaire et sous l’emprise d’une énergie incontrôlée, appelant les destinataires au secours : se pouvait-il qu’ils ne soient pas seuls dans leur détresse ? Contre toute évidence ? Des inconnus étaient-ils susceptibles de les aider ?

Les signataires des lettres avaient vu leur monde s’écrouler. Leur moral était à zéro, certains étaient si désespérés que même les yeux endurcis du colonel se mouillèrent. Ils s’étaient saisis de l’annonce salvatrice comme des noyés d’un dernier fétu de paille.

Tenter de répondre personnellement à chacun semblait impossible. Le simple effort d’ouvrir et de lire toutes les lettres paraissait surhumain.

Après avoir parcouru en diagonale une centaine de missives, le président Rellonen et le colonel Kemppainen étaient déjà si épuisés qu’ils n’avaient plus la force de continuer. Ils allèrent se baigner.