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Archives des articles taggés 2/5

Le Bois de Klara, de Jenny Erpenbeck

Le Bois de Klara
[Heimsuchung]
Jenny Erpenbeck
Actes Sud
9782742785469
Paru en septembre 2009.

En Allemagne, dans un bois autour d’un lac, des maisons sont construites, des familles vivent et subissent la guerre puis le communisme.

Je n’ai pas vraiment aimé, entre autre parce que beaucoup des personnages ne sont pas nommés et restent des archétypes pour lesquels il est difficile de sympathiser. En fait, le seul passage que j’ai aimé est aussi le seul où tous les personnages ont un nom et une personnalité (la famille juive pendant la guerre).

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D’où vient-il ? Au village, nul ne le sait. Peut-être est-il là depuis toujours. Au printemps, il aide les paysans à greffer leurs arbres fruitiers ; aux environs de la Saint-Jean, il écussonne les sauvageons à œil poussant ou, lors de la deuxième montée de sève, à œil dormant ; pratique la greffe en fente ou en oblique selon l’épaisseur du porte-greffe, confectionne le mélange indispensable de goudron de pin, de cire et de térébenthine, puis panse la plaie avec du papier ou du raphia. Au village, chacun sait que les arbres qu’il a entés présentent au cours de leur croissance ultérieure des couronnes d’une parfaite régularité. En été, les paysans viennent le chercher pour faucher et pour confectionner les meules de paille. On lui demande aussi volontiers conseil pour assécher la terre noire des parcelles en bordure du lac, il s’entend à tresser les rameaux d’épicéa et à les planter à la bonne profondeur dans les trous creusés pour assurer le drainage du sol. Il prête la main aux villageois pour réparer charrues et herses, en hiver il abat avec eux des arbres dont il scie les troncs. Lui ne possède ni terre ni bois, il vit tout seul dans une cabane de chasse abandonnée à la lisière de la forêt, il a toujours vécu là, au village tout le monde le connaît et pourtant les gens, les jeunes comme les vieux, ne l’appellent jamais que le Jardinier, comme s’il n’avait pas d’autre nom.

Parquet flottant, de Samuel Corto

Parquet flottant
Samuel Corto
Denoël
9782207261309
Paru en août 2009.

Un avocat devenu procureur raconte son premier poste, égratignant au passage la justice française et ses acteurs.

Parquet flottant aura été une grosse déception. Pourtant, il avait tout pour me plaire : un style pince-sans-rire, une analyse très fine de la justice en France. Dommage que l’intrigue tombe dans le graveleux aussi rapidement ; ça a complètement gâché le livre pour moi.

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C’était, à n’en plus douter, un accomplissement personnel fort, une sorte de transe extatique : la magistrature m’ouvrait ses bras. Des bras bruns, puissants, poilus, tentaculaires. Je raccrochai ma robe noire d’avocat pour la cuirasse étincelante (bien que strictement identique) de mon nouveau pouvoir décisionnaire et, pour la rentrée de septembre, je déposai au fond de mon sac tout neuf une boussole en bakélite noire tirée d’un équipement de survie : aujourd’hui encore, je me dis qu’on doit toujours écouter ses instincts, même les moins lisibles.

La petite ville de province qui m’accueillait pour mon premier poste pouvait s’enorgueillir d’avoir un procureur local — mon premier supérieur hiérarchique — reconnaissable de loin : tonsure trapue sur lunettes d’écailles, vestes amples croisées (ou l’inverse), généralement vert bouteille, lie-de-vin ou gris travaux publics. Il s’asseyait toujours jambes ouvertes, comme encombré. Ce nain
coloré sévissait depuis une quinzaine d’années, en contradiction directe avec les bonnes recommandations ministérielles sur la nécessaire mobilité géographique des magistrats et, lors de ma visite protocolaire préalable à mon installation, il s’enquit de mes motivations à rejoindre ce grand corps (il parlait ainsi, comme beaucoup, par ellipses poético-professionnelles, pensant sans doute s’ériger à titre
personnel par capillarité).

Les Dix Femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi, de Arto Paasilinna

Les Dix Femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi
[Kymmenen riivinrautaa]
Arto Paasilinna
Denoël
9782207260678
Paru en mai 2009.

À l’occasion de ses soixante ans, Rauno Rämekorpi reçoit des douzaines de bouquets qu’il décide de redistribuer aux femmes de sa connaissance. Chaque rencontre se finit dans un lit, et à Noël, Rauno décide de remettre ça. Excepté qu’entre temps, chaque femme a appris l’existence des autres…

Pour mon premier Paasilinna, je suis plutôt déçue. L’humour est bon enfant et grivois, et donc ne fait pas dans la dentelle. J’ai aussi été dérangée par la misogynie quasi omniprésente du roman.

Je vais probablement donner une autre chance à Paasilinna, mais celui-ci est plutôt à éviter.

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Il fallait faire sortir la mésange, car les lieux se rempliraient bientôt de visiteurs venus fêter l’anniversaire de l’industriel et il aurait été malséant qu’elle se mette, effrayée par le brouhaha, à lâcher des fientes dans les verres de champagnes ou les savantes coiffures des dames. Rauno descendit en courant au rez-de-chaussée ouvrir toutes les fenêtres et les portes donnant sur l’extérieur. Annikki claqua des mains, mais la petite mésange ne semblait pas comprendre ce qu’on attendait d’elle. La tête penchée, elle regardait l’homme nu grimpé sur un escabeau qui tentait de la chasser de son refuge. Alors qu’il était sur le point d’atteindre l’abat-jour, elle s’envola sur la tringle à rideaux — des tentures en tissu gaufré blanc, elles aussi choisies par Annikki. Le héros du jour sauta à terre et s’empara d’un balai à franges. L’oiseau venait de lui échapper à nouveau quand on sonna à la porte.