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Archives des articles taggés lit américaine

La Ville des voleurs, de David Benioff

La Ville des voleurs
[City of Thieves]
David Benioff
Flammarion
9782081217065
Paru en janvier 2010.

Pendant le siège de Leningrad, deux jeunes Russes sont arrêtés, l’un pour désertion, l’autre pour vol. Le colonel soviétique leur propose un marché : leur vie en échange d’une douzaine d’œufs pour le gâteau de mariage de sa fille. Commence alors un périple d’une semaine…

J’hésite un peu à dire que ce livre est hilarant parce que ce n’est pas vraiment le cas : c’est la guerre, les habitants de Leningrad meurent littéralement de faim et les Einsatzkommandos allemands ont à leur tête un monstre sadique. Et pourtant, nombre des situations dans lesquelles se fourrent Lev et Kolya sont plutôt cocasses. La galerie des personnages rencontrés est haute en couleur et mémorable.

Sans être un monument de la littérature, ce livre est bien écrit et enlevé et j’ai eu beaucoup de mal à le poser.

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La veille du nouvel an, j’étais assis sur le toit du Kirov,, l’immeuble dans lequel je vivais depuis l’âge de cinq ans (et qui ne portait d’ailleurs pas le moindre nom jusqu’en 1934, année où Kirov futtué et où l’on baptisa ainsi la moitié des bâtiments de la ville). Comme tous les soirs, je regardais les gros dirigeables gris envahir le ciel sousle couvercle des nuages, dans l’attente des bombardiers. À cette époque de l’année, le soleil ne brillait guère plus de six heures par jour, balayant l’horizon comme un spectre. Chaque nuit, après avoir enfilé le plus grand nombre de chemises, de pulls et de manteaux possible, nous nous relayions toutes les trois heures sur le toit, par groupes de quatre, armés de seaux remplis de sable, de pelles et de lourdes pinces en fer, afin de surveiller le ciel. Nous étions les combattants du feu. Ayant compris que l’attaque de la ville leur coûterait trop cher, les Allemands avaient décidé de l’encercler et d’affamer la population, tout en l’accablant sous un déluge de bombes.

Sukkwan Island, de David Vann

Sukkwan Island
["Sukkwan Island", in Legend of a Suicide]
David Vann
Gallmeister
9782351780305
Paru en janvier 2010.

Un homme décide de passer un an dans une cabane isolée en Alaska avec son fils de treize ans. Ça tourne mal très vite, jusqu’au moment où ça tourne très mal.

Excellement bien écrit, difficile à lâcher. Et pourtant, les événements décrits sont tellement durs qu’ils en deviennent insoutenables.

La première partie est difficile à lire : le fils a plus de bon sens dans son petit doigt que le père dans tout son corps ; le père est émotionnellement immature, mal préparé pour cette aventure. Dès la page vingt, on sent que tout ça va partir en sucette.

J’ai été obligée de poser le livre plusieurs fois au début de la deuxième partie, parce que ça me rendait physiquement malade. Et la fin m’a complétement prise par surprise.

Un livre excellent, difficile, prenant, dont la violence émotionnelle et morale m’a laissée toute retournée. David Vann est définitivement un auteur à surveiller.

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Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l’un l’autre. Roy avait treize ans cet été-là, l’été suivant son année de cinquième à Santa Rosa, en Californie, où il avait vécu chez sa mère, avait pris des cours de trombone et de fot, était allé au cinéma et à l’école en centre-ville. Son père avait été dentiste à Fairbanks. Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc national de South Prince of Wales et à environ quatre-vingt kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cent mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagnes et de gloutons. Un endroit semblable à Ketchikan, où Roy avait vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, mais en plus sauvage et en plus effrayant maintenant qu’il n’y était plus habitué.

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
[The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society]
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
NiL
9782841113712
Paru en avril 2009.

Juste après la guerre, une jeune écrivain en panne d’inspiration reçoit la lettre d’un membre du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey et fait la connaissance d’une douzaine de personnages différents et pourtant rassemblés par leur amour de la littérature.

J’ai trouvé le livre sympa mais sans plus : les personnages sont attachants, le style n’est pas très exigeant et l’intrigue assez convenue. En gros, du brain candy de bonne facture. L’aspect épistolaire est bien utilisé, ce qui n’est pas toujours évident. On passe un bon moment, mais ça n’a rien de vraiment mémorable.

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Chère Juliet,

Félicitations ! Susan Scott dit que tu as captivé ton public du déjeuner comme du rhum un ivrogne, et qu’il te l’a bien rendu, alors, je t’en prie, cesse de t’inquiéter pour ta tournée de la semaine prochaine. Je ne doute pas de ton succès. Ayant assisté à ton interprétation électrisante du Petit berger qui chante dans la vallée de l’humiliation, il y a dix-huit ans, je sais que tu auras tous tes auditeurs à tes pieds en un rien de temps. Un conseil : tu pourrais peut-être t’abstenir de jeter le livre au public quant tu auras fini, cette fois.

Hotel de Dream, d’Edmund White

Hotel de Dream
[Hotel de Dream]
Edmund White
10/18
9782264048936
Paru en novembre 2009.

Les derniers jours de la vie de Stephen Crane, l’auteur de La Conquête du courage, qui dicte à sa femme un livre sur le jeune prostitué new-yorkais qu’il a rencontré plusieurs années auparavant.

On voit se développer deux histoires en parallèle, celle de Crane et de sa femme, et l’intrigue de son roman. C’est un livre très étrange, dont je ne savais pas trop quoi penser pratiquement jusqu’à la fin. En fait, ce sont les dernières pages qui m’ont fait apprécier le reste du roman. Mais je ne suis quand même pas sûre de le recommander.

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Comme je voudrais que Cora cesse de parler de ma santé ! Ça porte la poisse. Ce n’est pas que je m’inquiète de ce qui peut m’arriver. Je n’ai jamais souhaité vivre au-delà de trente ans — mais cet âge, je ne l’aurai que dans deux ans… Keats et Byron sont partis tôt.

L’argent occupe tellement mon esprit, vingt livres ici, cinquante livres là — toutes les sommes importantes que je dois et les maigres rentrées que j’attends — que je ne puis penser à rien de sérieux. Ou même de frivole, par exemple à ce livre idiot, The O’Ruddy. Il me faut bâcler ce bouquin. Cora pourra, j’imagine, toucher le dernier versement sur l’ouvrage si je meurs. Oh ! je ne vais pas mourir, mais ce maudit séjour qu’elle m’a organisé dans la miraculeuse clinique allemande pourrait m’empêcher d’y travailler pendant quelques mois.

Vingt-cinq ans de solitude, de John Haines

Vingt-cinq ans de solitude
[The Stars, the Snow, the Fire]
John Haines
http://www.gallmeister.fr/accueil
9782351780015
Paru en 2006.

À la fin des années 40, John Haines décide de s’installer en Alaska. Il y vivra pendant 25 ans, chassant des animaux pour leur fourrure ou pour leur viande, vivant dans un monde à la beauté rude, qui ne pardonne pas aux imprudents.

Un autre texte magnifique de chez Gallmeister. Une très belle écriture, qui réussit à montrer toute la poésie des événements, même à une citadine comme moi.

Caveat lector, certaines descriptions de chasse sont plutôt graphiques et à déconseiller aux âmes sensibles, bien qu’il serait dommage de manquer un aussi bon livre.

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Pour qui vit dans la neige et l’observe jour après jour, elle se lit à livre ouvert. Les pages se tournent au souffle du vent, les lettres ne tiennent pas en place, forment de nouvelles alliances, de nouveaux sens dans un langage qui pourtant reste le même. Langage obscur, parlé par tout ce qui s’en va pour revenir un jour. Le même texte s’écrit là depuis des milliers d’années même si je n’étais pas là, ne serai pas là les hivers prochains pour le lire. Ces parcours d’apparence arbitraire, ces sentiers, ces creux, ces empreintes, ces petites pelotes rondes et dures dans la neige : tout cela fait sens. Il s’y écrit peut-être des choses obscures, d’autres vies s’y manifestent, disent leurs courses et leurs histoires, leurs peurs et leurs morts. Les pattes fines d’une musaraigne ou d’un campagnol dessinent un tracé bref et erratique sur la neige, et voici le trou où disparaît le petit animal. Et là passe la trace d’une hermine, vive et curieuse, qui disparaît à son tour dans l’ombre blanche de ce trou.