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Archives des articles taggés lit britannique

Brideshead Revisited, d’Evelyn Waugh

Brideshead Revisited
[Retour à Brideshead, chez Robert Laffont]
Evelyn Waugh
Penguin
9780140274103
Paru en 1945.

Deux jeunes gens se rencontrent à Oxford dans les années 20 : Charles Ryder, qui entretient avec son père une relation complètement dépourvu d’émotions et qui ne sait pas trop ce qu’il veut faire de sa vie, et Sebastian Flyte, jeune aristocrate catholique excentrique. Ils deviennent amis puis s’éloignent l’un de l’autre quand Sebastian sombre dans l’alcoolisme. Des années plus tard, Charles entame une liaison avec Julia, la sœur de Sebastian, mais la mort du père de Julia, qui a accepté les Derniers Sacrements après une vie sans religion les émeut tous les deux, et ils se séparent.

Cela faisait longtemps que je voulais lire Brideshead Revisited, classique du XXe siècle et chef-d’œuvre de Waugh. Si j’ai beaucoup aimé l’atmosphère du roman, notamment la splendeur sur le déclin de l’aristocratie britannique de l’entre-deux-guerres, l’intrigue en revanche m’a beaucoup confondue, à tel point que j’ai eu du mal à résumer le roman (et je ne suis pas persuadée que le paragraphe ci-dessus soit très cohérent).

J’ai aussi eu beaucoup de mal à cerner l’attitude de Waugh par rapport au catholicisme. Brideshead Revisited pourrait sembler être une critique du catholicisme, et pourtant le narratuer, présenté tout au long du roman comme sceptique et agnostique, semble trouver la foi sur la fin — tout comme Evelyn Waugh qui s’était converti au catholicisme quand il n’avait pas 30 ans.

Un livre intéressant, mais dont j’ai préféré l’atmosphère et les personnages à une intrigue qui m’a échappée.

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We drove on and in the early afternoon came to our destination: wrought-iron gates and twin, classical lodges on a village green, an avenue, more gates, open park-land, a turn in the drive; and suddenly a new and secret landscape opened before us. We were at the head of a valley and below us, half a mile distant, grey and gold amid a screen of boskage, shone the dome and columns of an old house.

 

Nous continuâmes à rouler et en début d’après-midi arrivâmes à destination : des portails en fer forgé et des pavillons jumeaux sur une place de village, une avenue, d’autres portails, de grands espaces verts, un virage ; et soudain, un panorama nouveau et secret se révéla à nous. Nous étions à l’extrémité d’une vallée et en dessous de nous, à moins d’un kilomètre, à travers les branches d’un bosquet, brillaient le gris et l’or du dôme et des colonnes d’un vieux manoir.

La Cité des amants perdus, de Nadeem Aslam

La Cité des amants perdus
[Maps for Lost Lovers]
Nadeem Aslam
Points
9782757802601
Paru en février 2007.

En Angleterre, dans une communauté pakistanaise, un homme et une femme qui vivaient ensemble sans être mariés ont disparus ; on soupçonne un « crime d’honneur ». Shamas, le frère de l’homme disparu, attend et espère.

La Cité des amants perdus dépeint la vie au quotidien dans une communauté musulmane, avec pour point central la famille de Shalmas, fils agnostique d’un homme né hindou mais élevé comme musulman; sa femme, pieuse fille d’imam; et leurs enfants, élevés en Angleterre et cherchant à échapper aux étouffantes traditions de leur communauté.

C’est un livre très dur envers l’Islam et notamment sa misogynie qui fait que la réputation d’une femme est sa seule richesse, et ne tient qu’à un fil. De tous les mariages représentés, le seul qui soit parfaitement heureux est celui des parents de Shalmas. Tous les autres sont faits de faux-semblants et de mensonges, quand ce n’est pas de violence et de tragédie.

On retrouve les mêmes caractéristiques de style que dans la Vaine Attente : une écriture très poétique, fleurie, hyper-travaillée, qui file une métaphore tout au long du roman, ici sur les papillons (cf la couverture), dont l’homme disparu était spécialiste. Signalons au passage l’excellente traduction de Claude Demanuelli.

Bien que le roman soit découpé en quatre parties correspondant aux quatre saisons, les retours en arrière abondent, faisant de la Cité des amants perdus un roman complexe. Comme dans la Vaine Attente, Nadeem Aslam nous montre certains événements sous différents points de vue, autorisant au lecteur une vision globale de la situation qui échappe aux personnages.

Un très, très beau texte, dérangeant, qui confirme Nadeem Aslam comme un excellent auteur qui n’a pas peur de s’attaquer à des sujets controversés.

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Shamas se tient sur le seuil de la porte et regarde la terre, ou plutôt cet aimant qui dirige les flocons du ciel jusqu’à lui. À leur allure mesurée, ils tombent, presque entravés dans leur chute, comme des plumes s’enfonçant dans l’eau. La tempête de neige a lavé l’air du parfum d’encens venu du lac voisin, qui pénètre dans les maisons. Mais, même absent, ce parfum est toujours là, attirant l’attention sur sa disparition.

C’est la première neige de la saison, et les enfants du voisinage seront sur les pentes toute la journée aujourd’hui, à brûler des bougies pour chauffer les patins de leurs luges et augmenter la glisse, à se défier mutuellement de lécher les pointes de fer gelées des grilles entourant l’église ou la mosquée, à sortir en cachette de la cuisine la râpe à fromage qui leur permettra de peaufiner la symétrie des bonshommes de neige qu’ils vont construire, oublieux du froid, parce que, à cet âge, tout est prétexte à aventure ; de même qu’une huître tolère la perle logée dans sa chair, les pieds nus des enfants semblent ne ressentir aucune douleur à fouler les galets de la rive.

Rosencrantz & Guildenstern are Dead, de Tom Stoppard

Rosencrantz & Guildenstern are Dead
Tom Stoppard
Grove Press
9780802132758
Paru en 1966.

Deux personnages sont convoqués à la cour d’Elseneur pour distraire Hamlet. Ils ne savent pas d’où ils viennent, ni vraiment où ils vont.

Une de mes pièces préférées ! Linguistiquement compliquée, avec des jeux sur les mots qui vont jusqu’à l’absurde, et pleine de références à Hamlet, qui lui sert de toile de fond. Il y a notamment toute une réflexion sur l’art et la réalité, grâce à la rencontre des deux personnages avec la troupe d’acteurs qu’Hamlet va embaucher pour dénoncer le meurtre dont a été victime son oncle.

De loin la pièce la plus connue de Tom Stoppard, le type qui a aussi écrit le scénario de Shakespeare in Love (un film qu’on ne peut apprécier réellement qu’avec un minimum de familiarité avec l’œuvre shakespearienne, les contemporains de Shakespeare, ainsi que la scène britannique de ces vingt dernières années). Il existe aussi un film avec Gary Oldman et Tim Roth, lui aussi excellent. Malheureusement, ni le film ni la pièce ne sont disponibles en français, de nos jours :/

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GUIL (clears his throat): In the morning the sun would be easterly. I think we can assume that.

ROS: That it’s morning?

GUIL: If it is, and the sun is over there (his right as he faces the audience) for instance, that (front) would be northerly. On the other hand, if it is not morning and the sun is over there (his left) . . . that . . . (lamely) would still be northerly. (Picking up.) To put it another way, if we came from down there (front) and it is morning, the sun would be up there (his left), and if it is actually over there (his right) and it’s still morning, we must have come from up there (behind him), and if that is southerly (his left) and the sun is really over there (front), then it’s the afternoon. However, if none of these is the case——

 

GUIL (se raclant la gorge): Le matin, le soleil devrait être à l’est. Je pense qu’on peut présumer ça.

ROS: Que c’est le matin ?

GUIL: Si ça l’est, et que le soleil est (à sa droite alors qu’il fait face au public) par exemple, ça (devant lui) ce serait le nord. Cela dit, si ce n’est pas le matin, et que le soleil est (à sa gauche) … ça … (lentement) ce serait toujours le nord. (se reprenant) Pour le dire autrement, si nous venions de là (devant lui) et que c’était le matin, le soleil serait là (à sa gauche), et si c’est en fait (sa droite) et que c’est toujours le matin, nous sommes forcément venus de (derrière lui), et si ça c’est le sud (à sa gauche) et que le soleil est en fait (devant lui), en fait c’est l’après-midi. Mais si aucune de ces hypothèses n’est la bonne…

Le Comptable indien, de David Leavitt

Le Comptable indien
[The Indian Clerk]
David Leavitt
Denoël
9782207260043
Paru en août 2009.

Le comptable indien en question est Srinivasa Ramanujan, un génie des mathématiques qui vécu au début du XXe siècle. Cette biographie romancée est racontée du point de vue de G.H. Hardy, le mathématicien anglais qui l’a découvert.

Je suis arrivée au bout du livre, mais non sans mal, pour plusieurs raisons. D’abord, c’est un livre qui parle de mathématiciens, et donc tout naturellement, de mathématiques. Je conseille à quiconque n’est pas mathématicien de simplement passer les descriptions que j’ai trouvées personnellement un tantinet trop détaillées pour un ouvrage littéraire.

Ensuite, les choix de points de vue de Leavitt m’ont beaucoup gênée, à commencer par le passage d’une focalisation externe à une focalisation zéro à une focalisation interne dans les trois premières phrases du roman. Ça se calme par la suite, mais il y a deux-trois changements de focalisation de Hardy à Littlewood qui m’ont fait tiquer.

Cela dit, Leavitt a réussi le délicat dosage de fiction et de réalité nécessaire pour une biographie romancée. De plus, tout l’aspect politique du roman, avec l’opposition entre pacifistes et militaristes (une partie du roman se déroule pendant la Première Guerre mondiale) et l’opposition entre Indiens et Anglais notamment, est extrêmement bien rendu.

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La lettre arrive le dernier mardi de janvier 1913. À trente-cinq ans, Hardy est un homme d’habitudes. Tous les matins, il prend son petit déjeuner, puis il sort marcher dans le parc de Trinity College — une marche solitaire. Sur son chemin, il frappe du pied le gravier des allées, en s’efforçant de démêler les détails de la preuve mathématique à laquelle il travaille. Si le temps est beau, il a ce soliloque intérieur : Seigneur bien-aimé, je T’en prie, qu’il pleuve, car aujourd’hui je n’ai franchement pas envie de voir le soleil inonder mes fenêtres ; j’ai envie d’obscurité et de pénombre, que je puisse travailler à la lumière de ma lampe. Et, si le temps est mauvais, il se dit : Seigneur bien-aimé, s’il Te plaît, ne fais pas réapparaître le soleil car il va perturber ma concentration, qui requiert l’obscurité, la pénombre et la lumière de la lampe.

Le temps est au beau fixe. Au bout d’une demi-heure, il regagne ses appartements, qui sont confortables, en accord avec son rang. Situés au-dessus d’une des arcades qui mènent vers New Court, ils sont agrémentés de fenêtres à meneaux par lesquelles il peut surveiller les étudiants qui passent en contrebas, vers l’arrière des bâtiments. Comme toujours, son homme de service lui a laissé son courrier empilé sur la petite table en bois de rose, près de la porte d’entrée. Rien de bien passionnant, aujourd’hui, du moins à première vue : quelques factures, un mot de sa sœur, Gertrude, une carte postale de son collaborateur, Littlewood, avec lequel il partage cette curieuse manie de communiquer presque exclusivement par cartes postales, alors même que Littlewood habite dans la cour voisine. Et puis — très visible au milieu de ce petit tas de correspondance anodine, à la limite de l’ennui, il y a cette lettre — aussi mal dégrossie, aussi disproportionnée, à la propreté aussi douteuse qu’un immigrant fraîchement débarqué après un très long voyage en troisième classe. L’enveloppe est marron, et couverte de toute une panoplie de timbres inusités. Il se demande d’abord si ce n’est pas une erreur d’acheminement, mais non, le nom inscrit au recto d’une écriture précise, le style d’écriture qui ravirait une institutrice, qui enchanterait sa sœur, est bien le sien : G.H. Hardy, Trinity College, Cambridge.

La Rafale des tambours, de Carol Ann Lee

La Rafale des tambours
[The Winter of the World]
Carol Ann Lee
La Table Ronde
9782710330707
Parution en août 2009.

Pendant la Grande Guerre, Alex Dyer, correspondant de guerre, tombe fou amoureux de la femme de son meilleur ami parti au front. Ils entament une liaison qui les détruira tous les trois. En quête de rédemption, Alex cherchera à exaucer, d’une certaine manière, la dernière requête de son ami.

J’ai beaucoup aimé ce livre, d’abord pour ses références à la Première Guerre Mondiale, qui est une des périodes de l’histoire que je préfère (si on peut dire ça d’une guerre qui a tué plus de 10 millions de personnes). La grande histoire se mêle parfaitement à la petite, et le choix de la période historique est loin d’être gratuit.

Soyons honnêtes, si vous lisez le résumé donné par l’éditeur, il n’y a pas vraiment de suspense, et vous pourrez deviner l’intrigue sans même ouvrir le livre. Mais ce qui compte ici, ce n’est pas le point d’arrivée : c’est le voyage pour en arriver là.

Un autre coup de cœur pour cette rentrée !

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L’affût de canon surmonté du cercueil émerge de sous la grande Arche de l’Amirauté ; sur le drapeau déchiré et délavé, le casque en acier brille dans la faible lueur du soleil.

À Trafalgar Square, la foule entend le martèlement cadencé des sabots des chevaux avant d’apercevoir, enfin, leurs silhouettes noires qui sortent de la brume. Les hommes laissent maintenant échapper leurs larmes, sans honte, et les cris d’effroi des femmes déchirent l’air, à mesure que l’excès de chagrin, incontrôlable, commence à se répandre, de la capitale haletante jusqu’à ses faubourgs, vers les villages, les bourgs, les autres villes, jusque dans la campagne et sur la côte.

Mais nulle part on ne le ressent aussi fortement que dans le cœur de l’Angleterre, à Londres, parmi ces gens alignés dans les rues pour voir passer le cortège. Car ils sont venus de près et de loin, de tous les coins du royaume, pour assister à l’inhumation de l’homme qui leur appartient à tous et à aucun, le soldat sans nom, ramassé sur le champ de bataille pour être enterré au milieu des rois : le Soldat inconnu.