juil 092011
 

Le jour avant le lendemain
[Før morgendagen]
Jørn Riel
10/18
9782264034380
Paru en 2003.

Ninioq se fait vieille et quand après une pêche miraculeuse, il faut que quelqu’un reste pour faire sécher la viande, elle se porte volontaire avec son petit-fils Manik. Mais la tribu ne revient pas les chercher…

Plongée au cœur d’une civilisation aux antipodes de la nôtre ! L’environnement hostile du nord-ouest du Groenland a conditionné des hommes et des femmes durs à la tâche, où chacun doit contribuer à la survie de la tribu, où le suicide des bouches inutiles (« rester sur la glace ») est une nécessité. Les rapports humains en sont d’autant plus chaleureux : l’unité familiale est large et accueillante, et les rapports sexuels, notamment l’échangisme, permettent la création de liens forts.

Ninioq, au soir de sa vie, regarde en arrière sans jamais réellement regretter son passé, et est heureuse de perpétuer les traditions en enseignant à Manik, ainsi qu’au lecteur, ce qu’elle sait.

Une lecture bouleversante.

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Ninioq avait vécu sa vie. Elle le savait. Mais elle savait aussi qu’elle se prolongeait dans ses enfants et ses petits-enfants. Les regarder était comme regarder son propre visage reflété par la calme surface d’un fjord d’été. C’était là une image surprenante qui ne cessait de la remplir d’étonnement, mais qui alimentait aussi son inquiétude, puisqu’un simple souffle de vent, le jet d’une pierre ou une main pouvaient l’effacer.

juil 072011
 

Allmen et les libellules
[Allmen und die Libellen]
Martin Suter
Christian Bourgois
9782267021738
Paru en 2011.

Johann Friedrich von Allmen est au bord de la ruine : il a dû vendre sa maison, la plupart de ses objets de valeur, et a des créanciers partout. Pour se renflouer, il vole des verres ornés de libellules créés par le maître verrier Émile Gallé. Après l’assassinat de son receleur et une tentative sur sa personne, Allmen se mue en enquêteur.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, même si le début est un peu laborieux, le temps d’établir le décor et les personnages. Allmen est délicieusement amoral et les personnages qui l’entourent hauts en couleur.

Au moins deux autres volumes des aventures d’Allmen son prévus ; j’espère qu’ils seront aussi bons que celui-ci.

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Aujourd’hui encore, Allmen lisait tout ce qui lui passait entre les mains. Littérature du monde, classiques, nouveautés, biographies, récits de voyage, prospectus, modes d’emploi. C’était un client habituel de plusieurs bouquinistes et il lui était déjà arrivé de demander à un taxi de s’arrêter devant un immeuble le jour où l’on ramassait les encombrants, pour en revenir avec quelques livres.

Une fois qu’il en avait commencé un, aussi mauvais fût-il, Allmen ne pouvait s’empêcher d’aller jusqu’au bout. Il ne le faisait pas par respect envers l’auteur, mais par curiosité. Il croyait que chaque livre avait son secret, ne fût-ce que la réponse à la question de savoir pourquoi il avait été écrit. Et c’est ce secret qu’il devait éventer. Pour être précis, Allmen n’avait donc pas d’addiction à la lecture — c’était un toxicomane du secret.

juil 052011
 

The Selected Works of T.S. Spivet
[L'Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet chez NiL]
Reif Larsen
Vintage Books
9780099555193
Paru en 2009.

T.S. Spivet est un scientifique qui aime les cartes et les schémas. Le Smithsonian, un illustre institut scientifique à Washington, a publié certains de ses travaux et voudrait maintenant lui décerner un prix. Problème : T.S. Spivet n’a que douze ans.

L’histoire elle-même est très sympathique, notamment parce qu’elle est racontée du point de vue de T.S. dont l’esprit scientifique peut le faire paraître plus sérieux et plus âgé qu’il ne l’est. Mais au fond, il reste un gamin de douze ans à l’imagination débordante et à l’expérience limitée.

Ce qui fait l’originalité du roman, ce sont les marges : le récit est émaillé de digressions sous forme d’anecdotes, d’analyses scientifiques, d’illustrations, qui complètent et donnent vie aux personnages.

Excellent !

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She was lying.

Gracie was going to start cooking soon. Dr. Clair always made the gesture to cook but then seemed to remember something important in her study at the last minute and left the brunt of the work to Gracie and me. This was fine: Dr. Clair was actually a terrible cook. She had gone through twenty-six toasters over the course of my conscious life, a little over two a year, one of which had exploded and burned down half the kitchen. Whenever she popped another piece of bread into the toaster and left the room to attend to something she had forgotten, I quietly went up to my filing cabinet and brought down the timemap that displayed each toaster, highlights from its career, and the date and nature of its demise.

 

Elle mentait.

Gracie allait commencer à cuisiner. Dr Clair avait toujours des velléités de cuisiner mais semblait alors se souvenir à la dernière minute de quelque chose d’important dans son bureau et nous abandonnait les tâches, à Gracie et moi. Ce n’était pas un problème : Dr Clair cuisinait terriblement mal. Elle avait eu vingt-six grille-pains depuis que j’avais commencé à les compter, un peu plus de deux par an. L’un d’eux avait explosé et brûlé la moitié de la cuisine. Chaque fois qu’elle glissait une autre tranche de pain dans le grille-pain et quittait la pièce pour s’occuper de quelque chose qu’elle avait oublié, j’allais discrètement récupérer sur mes étagères la frise chronologique qui montrait chaque grille-pain, les moments marquants de sa carrière, et la date et nature de son décès.

juil 032011
 

Matin brun
Franck Pavloff
Cheyne
9782841160297
Paru en 1998.

Un texte très court sur le fascisme.

L’analogie faite dans la nouvelle pour illustrer comment un état fasciste peut s’imposer est peut-être un peu facile pour un lecteur adulte, mais on peut voir pourquoi ce texte est beaucoup étudié au collège.

Simple et efficace.

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C’est vrai que la surpopulation des chats devenait insupportable, et que d’après ce que les scientifiques de l’État national disaient, il valait mieux garder les bruns. Que des bruns. Tous les tests de sélection prouvaient qu’ils s’adaptaient mieux à notre vie citadine, qu’ils avaient des portées peu nombreuses et qu’ils mangeaient beaucoup moins. Ma foi, un chat c’est un chat, et comme il fallait bien résoudre le problème d’une façon ou d’une autre, va pour le décret qui instaurait la suppression des chats qui n’étaient pas bruns.